Des couteaux dans les poules

Le Théâtre a ceci de passionnant qu’il reflète avec force les personnalités sur, devant et derrière la scène.

Le spectateur peut juger de l’émotion qu’une pièce génère en fonction du jeu des comédiens. S’identifie-t-il aux personnages ? Entre-t-il en compassion avec ceux-ci ? Assis confortablement (pas toujours) sur son siège, il pense maitriser l’information de l’oeuvre qui se joue devant ses yeux critiques.

Ainsi, lorsqu’il rend son jugement, c’est avec plus ou moins d’humilité qu’il tentera de décrire ce qu’il a compris, ce qu’il a aimé et, éventuellement, ce qu’il aurait fait différemment. Se faisant, réalise-t-il qu’il délivre en fait la copie de son propre personnage (comprenez aussi personnalité). Le spectateur.

La vérité est que ce dernier est aveugle à l’essentiel de ce qui se passe sur scène. Remarque-t-il le stress provoqué par un changement de décor ou de costume de dernière minute ? Ressent-il l’adaptation, en temps réel, d’un régisseur lumière fraichement débarqué pour palier l’absence du titulaire ? Perçoit-il la joie d’une réplique bien maitrisée ou la mine défaite d’un passage oublié ?

En marge du jeu, il y a les vraies émotions. Celles vécues par les parties prenantes du projet. L’espoir et les attentes faces au fatalisme et au manque de confiance.

La mise en scène se construit de décisions qui font et défont une pièce.

De quelle manière l’équipe gère-t-elle cet espace-temps où le chaos doit être accepté et bienvenu tout en étant maitrisé ? Ce processus, qui prend fin avec la Première, délivre un concentré de caractères et de personnalités fondus au sein d’une troupe qui oeuvre pour une interprétation plus ou moins précise d’un texte.

Dommage que le public n’y assiste pas car c’est surtout ça le Théâtre…

“Des couteux dans les poules” de David Harrower

Mise en scène Kathinka Salzmann

28 octobre au 8 novembre 2014

Maison de quartier des Pâquis, La Traverse

Rue de Berne 50, 1201 Genève

Video: J. Saugy

Texte: J. Saugy

Surface(s)

L’exposition Surface(s) présente les projets réalisés par la classe 2014 des étudiants de la section master en architecture à L’EPFL. Le développement de la plupart d’entre eux n’ayant pour motivation que l’ambition d’un diplôme, le but de cet évènement public est de permettre à une foule d’élaborations aussi variées qu’intéressantes de bénéficier de l’attention qu’elles méritent et d’être appréciées à leur juste potentiel.

Il s’agit d’une initiative du MAP14, un comité d’étudiants membres de l’ASAR, l’association représentative de la section architecture de l’EPFL, qui permet ainsi chaque année depuis 2011 à tous les intéressés externes à l’université de découvrir les perles architecturales prometteuses issues de la nouvelle génération.

Le cadre est des plus propices, le décor quasi-futuristique: s’étalant sur deux étages dans les souterrains du Flon de Lausanne, deux énormes halls déserts d’un ancien supermarché, reliés par un tapis roulant allant d’un niveau à l’autre.

L’exposition se présente de façon simple et efficace: au premier niveau une galerie circulaire des affiches des projets avec éléments conceptuels, techniques et informatifs au verso. À chacune de ces larges pancartes est attribué un numéro, celui-ci renvoyant à la salle des maquettes correspondantes au niveau inférieur.

À la clef, des interventions orales par des invités spéciaux sélectionnés par les organisateurs, le vendredi 10 octobre dès 18:30. D’autre part, la mise en vente du livre SURFACE(S), brochure améliorée de l’exposition, éditée pour l’occasion par le MAP14.

Venez nombreux.

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Localisation :
Rue de Genève 33, 1003 Lausanne. 1e et 2e sous-sols.
Accès :
Rue de Genève et Place Flon-ville. A côté de l’athleticum du Flon. Anciennement hyper Casino.

Dates :
6-18 octobre 2014. Entrée libre.
Horaires :
mardi, mercredi, jeudi, vendredi : 12.00-19.00 / samedi : 10.00-19.00 / dimanche, lundi : fermé

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Video: A. Meredith

Texte & Photos: P. von Arx

B.I.F.F.L. 2014

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À tous ceux qui, aussi invraisemblable puisse-t-il paraître, sont jusqu’à ce jour demeurés dans une ignorance des plus improbables – autrement excusable que par le fait de s’être, par exemple, tellement complu de 28 ans d’isolement absolu au fond d’un abri atomique dans la banlieue de Pripiat pour n’en émerger que maintenant (n’ayant pas vu filer le temps, faute de tant d’amusement) – nous annonçons ici la première édition du BIFFL (Baumettaz International Film Festival of Lochness).

En effet – et ce sera aussi l’occasion pour les rescapés de Tchernobyl sus-cités de faire une mise au point culturelle pour compenser un trou historique d’un quart de siècle – une vingtaine de courts métrages signés du génie des plus hautes pointures du cinéma expérimental international Crissiérois seront en compétition ce samedi 6 septembre pour se disputer ce qui constitue sans doute la plus haute distinction à convoiter actuellement par tout agent du septième art.

Suite à une palpitante montée des marches sur le tapis rouge déployé aux abords du palais des Baumettes qui verra défiler une alléchante palette d’invités composée d’innombrables célébrités venus du quatre coins du monde assister à l’événement clef de notre ère, la cérémonie d’ouverture débutera dès 16:00, avec une interprétation de l’anthem du festival par un duo des plus attendu entre Luciano Pavarotti et Lemmi Kilmister.

On continuera avec notamment une intervention de Papa Didier Bürkhalter en personne, qui donnera un discours poignant sur l’extrême importance de ce genre d’action culturelle dans des régions aussi dévastées par l’épidémie du choléra psychosomatique, puis un numéro de blattes acrobatiques par Patrick Sebastien, pour détendre une atmosphère qui sera pleine de tension en l’attente du début des projections à 21:00.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à visiter la page du site officiel du festival, ou sa page facebook. On vous laisse avec quelques affiches parmi les pellicules inédites que le BIFFL vous réserve. À samedi!

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L’Amazone au fil du Cossy

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- Mardi 19 août à la tombée de la nuit, gare cff côté nord à Nyon –

Le staff du FAR° (festival des arts vivants) accueille par vagues un public nombreux, trépignant d’impatience et d’excitation, attirés par la rumeur du mystère. Quelques passants anodins sourcillent à la vue de ces festivaliers somme toute étrangement accoutrés, parés comme pour une expédition de forage en souterrain.

Quelques infortunés sans billets tentent de négocier la possibilité de se joindre aux dernières visites de la soirée. On s’arrache les ultimes places, l’expo affiche complet, et pour cause.

Il faut dire qu’on est là pour découvrir Radio Amazonie, la dernière création du photographe suisse Yann Gross (Horizonville, Lavina, …) Avec, conformément aux penchants du festival pour l’expérimental, une idée originale à la clef:

Au lieu de paradoxalement étouffer l’art entre les murs froids et insipides d’une galerie d’expo, le photographe a pu faire appel à l’infrastructure la plus propice à rendre son travail au monde sauvage qui l’a inspiré.

Pas de guide, pas de textes, un minimum d’explications, le public comprend qu’il doit se faire explorateur, partir à la rencontre de l’oeuvre, muni seulement d’une lampe torche, d’un lecteur mp3 et de bottes en plastique.

On reste vague et énigmatique quant aux détails du parcours: les ayant conduites jusqu’à un ravin descendant vers le lit du Cossy, petit ruisseau nyonnais, le staff prend congé des cordées successives, avec comme unique consigne: “ne quittez pas la rivière!”

Le public abandonne un instant son identité (sa carte d’identité d’ailleurs laissée en consigne pour l’emprunt du matériel audio) et plonge dans l’inconnu. Pataugeant dans l’eau, remontant à contre courant, on ne tarde pas à tomber sur une succession de caissons lumineux (réalisés par Bernard Delacoste) et d’écrans cinéma déchirant l’obscurité, révélant les documents et clichés du photographe.

“Dans son travail, Yann Gross s’intéresse aux identités et aux sentiments d’appartenance à une communauté. En réalisant un documentaire photographique en Amazonie, qui cherche à confronter une réalité contemporaine avec l’imaginaire d’un monde sauvage, il s’interroge sur les notions d’authenticité et de folklore. ”, explique le site du FAR°.

Pas de guide audio non-plus pour disséquer à la moelle le matériau de l’expo et contraindre l’intuition du spectateur à une interprétation faussement objective le frustrant d’un sentiment d’ignorance et paralysant son imaginaire: à la place, une émission de radio (réalisée par Yann Gross sur la base de ses carnets de voyage) mêlant anecdotes, histoire, sons, rythmes, légendes et visions récoltés le long d’une odyssée amazonienne richement imagée par le maître de cérémonie.

Partie 1 Partie 2 Partie 3

Soyons d’accord, l’illusion n’est jamais réellement complète, mais les décors et les installations sont assez subtilement agencés pour placer le spectateur à mi-chemin hors de sa zone de confort: sous la couverture de la nuit et des arbres, les détails se combinent pour imprégner son regard d’exotisme, et rendre aux éléments exposés tout leur éclat. L’impression est forte, la conscience de l’observateur est maintenue en état d’éveil, sa vue se fait plus perçante, sa curiosité est alerte, et sa sensibilité aux aguets: la fréquence est idéale pour lui permettre d’apprécier à juste titre l’oeuvre dans son élément naturel.

Après une heure, on émerge du ravin. Les sensations ont été suffisamment intenses pour être surpris à la sortie par la présence imposante d’immeubles de la banlieue nyonnaise, la régularité de la coupe de la pelouse et la fraîcheur de l’air. Une dernière photo-souvenir avec la faune sauvage locale, avant un retour inspiré à la norme Suisse, étonnamment banale pour le coup. Dépaysement express réussi.

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